Dimanche XIV du Temps Ordinaire Année C



Baixar 102,23 Kb.
Pdf preview
Encontro16.01.2020
Tamanho102,23 Kb.

Dimanche XIV du Temps Ordinaire - Année C

Cette Lectio Divina est la dernière avant l’été. 


Les publications reprendront au cours du mois de septembre.

Retrouver le feu des premières missions



À l’écoute de la Parole 


Jésus est en route vers Jérusalem où il sera livré, mourra et ressuscitera. Il traverse la 

Terre Sainte et se fait précéder de soixante-douze nouveaux disciples qu’il envoie préparer 

son passage (Lc 10). Ce groupe, investi des mêmes pouvoirs que les Douze lors du premier 

envoi en mission, agit puissamment au nom de Jésus et lui prépare un peuple « bien dispo-

sé ». La lecture d’Isaïe offre une vision de la Jérusalem céleste où afflueront tous ceux qui 

auront accueilli l’annonce du Royaume (Is 66).

⇒ Voir lʼexplication détaillée





Méditation 


La vision d’Isaïe 66 nous permet de réfléchir à ce que doit être la communauté des 

croyants, l’Église, selon le cœur de Dieu. Les propos de Jésus donnant tout pouvoir à ses 

missionnaires nous rappellent l’urgence du Royaume et la puissance de tout baptisé ca-

pable, par son appartenance au Christ, de faire reculer le mal et advenir le Royaume. Nous 

sommes invités à nous approprier concrètement cet héritage et à répondre, selon notre état 

de vie, à l’appel à évangéliser.

⇒ Voir la méditation complète



Pour aller plus loin


Dans les années 80, un prêtre milanais, Don Pigi (Piergiorgio Perini), a inauguré dans la 

paroisse de San Eustorgio une nouvelle manière de vivre la foi et d’évangéliser : les cellules 

paroissiales d’évangélisation qui ont bouleversé le fonctionnement de la paroisse tradition-

nelle.

On pourra découvrir 



ici

 cette initiative aujourd’hui étendue aux cinq continents. 

Voici 

également le témoignage personnel de Don Pigi et la manière dont les Cellules ont 



bouleversé sa vie de prêtre.

À l’écoute de la Parole


Depuis la semaine dernière, nous accompagnons Jésus dans sa grande montée à Jéru-

salem ; il s’y dirige avec détermination (cf. Lc 9,51) pour accomplir la grande œuvre du salut. 

Mais c’est tout un mouvement qu’il génère autour de lui puisqu’il a soin d’associer ses dis-

ciples à son œuvre. Nous l’avons vu rabrouer Jacques et Jean la semaine dernière (v.54), 

nous le voyons, ce dimanche, susciter la collaboration des soixante-douze en les envoyant 

en mission annoncer que le « règne de Dieu s’est approché » (Lc 10,9.11), le règne eschato-

logique que le Messie doit établir à Jérusalem. C’est pourquoi la première lecture nous invite 

à nous associer à la joie de la ville sainte, telle qu’Isaïe la décrit dans le dernier chapitre de 

son rouleau (Is 66), telle qu’elle sera dans les derniers temps.



La première lecture : splendeur de la Jérusalem eschatologique (Is 66)

La dernière partie du livre d’Isaïe (chap. 55-66) est une œuvre composite, un rassem-

blement d’écrits réalisés probablement pendant la période du Second Temple, c’est-à-dire 

plusieurs siècles après la vie du prophète Isaïe historique, objet et auteur de la première par-

tie (chap. 1-39). Ces chapitres sont très aimés du christianisme, qui les cite tous dans sa li-

turgie, parce qu’ils nous offrent des expressions extraordinairement belles de l’attente escha-

tologique ; en particulier, la nouvelle Jérusalem qui renaît des cendres de sa prostration pour 

devenir le centre du salut universel (Is 66,5-18, d’où est extrait notre première lecture). Après 

cette vision, le livre se termine sur le « rassemblement final » de toutes les nations enfin ré-

conciliées, païens et juifs, étrangers et natifs de Jérusalem, qui convergent « jusqu’à ma 



montagne sainte, à Jérusalem » (v.20). Les Pères y ont lu l’avènement de l’Église catholique 

(universelle) et son triomphe final.

Nous pouvons aussi y lire, pour notre temps,  un portrait de ce que devrait être la com-

munauté des croyants, l’Église. Nous y reviendrons dans la méditation. Le lien entre le texte 

d’Isaïe et l’évangile du jour est la jubilation : les soixante-douze disciples « revinrent tout 

joyeux » (v.17). Ils ressentent la joie que génère l’instauration du règne de Dieu, une joie 

contemplée d’avance par Isaïe.

Dans son texte prophétique, Isaïe utilise une vaste métaphore : Jérusalem est comparée 

à une femme, mère de nombreux fils et source de consolation. Il en appelle ainsi à l’expé-

rience humaine commune, de la maternité comme source de vie et de tendresse. C’est 

pourquoi le croyant est invité à se réjouir avec Jérusalem, mère des croyants, comme l’on se 

réjouit en famille autour de la maîtresse de maison, un lieu commun de la littérature prophé-


tique : « Comme le soleil levant sur les montagnes du Seigneur, ainsi le charme d'une jolie 

femme dans une maison bien tenue » (Sir 26,16).

Mais la poésie puissante d’Isaïe va encore plus loin. Ce n’est pas seulement la ville qui a 

des traits féminins – ce qui est assez commun dans la littérature universelle – mais Dieu lui-

même : « Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai » (v.13). Le Ca-

téchisme en souligne l’originalité :

« En désignant Dieu du nom de ‘Père’, le langage de la foi indique principalement deux 

aspects : que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en 

même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale 

de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13 ; Ps 131, 2) qui 

indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de 

la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les 

premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les pa-

rents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la ma-

ternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il 

n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité hu-

maines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Per-

sonne n’est père comme l’est Dieu. »

1

Le cœur des disciples envoyés en mission sera formé à cette école d’un Dieu « plein de 

tendresse, miséricordieux » comme une mère ; saint Paul affirme par exemple :

« Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, 

nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses 

nourrissons. Ayant pour vous une telle affection que nous aurions voulu vous donner non 

seulement l’Évangile de Dieu mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus 

très chers » (1 Th 2, 7-8)

L’évangile : envoi en mission des soixante-douze (Lc 10)

Dans le chapitre 9 de Luc, nous voyons Jésus envoyer les douze apôtres en mission. 

Nous assistons aujourd’hui à une répétition de ce premier envoi en faveur cette fois de 

soixante-douze nouveaux disciples ; ils sont, cette fois,  chargés de précéder le Seigneur 

« en toute ville et localité où lui-même allait se rendre » (Lc 10,1).Cette nouvelle vague de 

missionnaires signifie l’extension de la mission des douze à une dimension universelle. 

Les deux passages de Luc 9 et 10 se ressemblent beaucoup.  La seule vraie différence 

est l’idée de préparation de la visite de Jésus. On peut esquisser plusieurs interprétations 

théologiques de l’expression « où lui-même allait se rendre » selon la traduction choisie du 

verbe « μέλλω, mellô », qui signifie tout à la fois « être sur le point de », « avoir l’intention », 

« avoir le projet » : 

On peut d’abord comprendre qu’il s’agit des lieux « où lui-même était sur le point 



d’aller ». Si l’on adopte cette interprétation, les disciples sont envoyés dans les villes où Jé-

sus s’arrêtera quelques jours plus tard. Ils prêchent et font des miracles si bien que le cœur 

des habitants est ensuite prêt à accueillir le Christ qui ne fait que passer, sur sa route vers 

Jérusalem. Ce sera le cas de l’aveugle mendiant à Jéricho et de Zachée au chapitre 19.  Se-

lon cette approche, l’accent est mis sur l’urgence du moment, car le temps de sa Pâque est 

proche.


Catéchisme, nº239, http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P18.HTM.

1


On peut aussi traduire mellô par « où lui-même avait l’intention d’aller ». On peut com-

prendre que Jésus souhaitait s’adresser à toutes « les brebis perdues de la maison d’Israël » 

(Mt 15,24), mais qu’il lui était impossible d’atteindre tous les confins de la Palestine. Il de-

mande donc à des missionnaires ambulants de se substituer à lui pour accomplir cette mis-

sion ; c’est pourquoi les versets 13 à 16, omis par la liturgie, parlent de Corazine, Bethsaïde 

et Capharnaüm, des villes dans le nord que Jésus avait quittées après la Transfiguration, et 

où il n’avait plus le temps de retourner. Dans cette optique, les soixante-douze doivent an-

noncer que « le règne de Dieu s’est fait proche » (vv.9.11) en la personne de Jésus qui le 

rend présent après l’attente de tous les prophètes. Il est bien celui que l’on attendait, le Mes-

sie d’Israël. Aussi les disciples accomplissent-ils comme Jésus, deux œuvres typiquement 

messianiques : les guérisons (guérissez les malades qui s’y trouvent) et les exorcismes 

(même les démons nous sont soumis en ton nom).

Une dernière interprétation du verbe mellô serait « où lui-même allait se rendre 

présent », non pas dans un futur immédiat mais dans une perspective qui embrasse toute la 

vie de l’Église. Les soixante-douze représentent alors tous les missionnaires chrétiens qui 

évangéliseront le monde après la Pentecôte. 

Pour Luc, qui est le rédacteur des Actes et a accompagné saint Paul dans ses missions, 

cette dernière interprétation semble pertinente même si elle n’exclut pas les autres.  En effet, 

les instructions de Jésus, et notamment l’insistance sur les prescriptions alimentaires « man-



geant et buvant ce que l’on vous sert » ; « mangez ce qui vous est présenté », semblent an-

ticiper l’abrogation des interdits alimentaires de la Loi, décidée par la première communauté 

chrétienne, pour les missionnaires invités dans des maisons païennes.

Les Actes des Apôtres nous décriront point par point l’application de ces instructions de 

Jésus :

-

Les disciples sont « comme des agneaux au milieu des loups », et l’on peut songer à 



toutes les oppositions et agressions vécues par Paul ;

-

Les missionnaires s’attachent à évangéliser profondément quelques maisons ac-



cueillantes (ne passez pas de maison en maison) pour laisser de bonnes fondations 

des nouvelles communautés chrétiennes, comme l’a fait Paul dans chaque ville ;

-

Ils apportent la paix avant toute chose, comme le montre le tout premier écrit chré-



tien, la lettre de Paul aux Thessaloniciens, dans son salut : « Paul, Silvain et Timo-

thée, à l'Église des Thessaloniciens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jé-

sus Christ. À vous grâce et paix » (1Th 1,1) ;

-

Le témoignage courageux  rendu à la vérité lorsque l’on n’est pas accueilli comme 



Paul à Antioche : « ils suscitèrent de la sorte une persécution contre Paul et Barnabé 

et les chassèrent de leur territoire. Ceux-ci, secouant contre eux la poussière de leurs 

pieds, se rendirent à Iconium » (Ac 13, 51-52).

Image : www.associationdemarie.org

Méditation : retrouver le feu des premières missions 


« Envoi en mission » : nous imaginons ce petit groupe de disciples groupés autour du 

Maître, écoutant avec ardeur ses instructions, prêts à se lancer dans la propagation de son 

message, conscients de vivre un moment unique… 

Jésus nous parle de son Père, et du désir qu’il partage avec lui de voir enfin se réaliser 

cette moisson des âmes qui viendront les rejoindre au Ciel pour l’éternité… L’évangile de 

Jean nous rapporte cette exclamation de Jésus dans l’épisode de la Samaritaine : « Ma 

nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. 

Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ? Eh bien ! je vous dis : Levez les 

yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4,34-35).

Au chapitre 12 de son évangile, Luc rapporte une autre parole de Jésus : « je suis venu 



apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49).

Commençons par mesurer l’ardeur de ce désir de Dieu pour les âmes. Ce n’est pas un 

peu de consolation, de paix et d’amitié humaine que Jésus est venu apporter, c’est un feu 

qui embrase les cœurs de charité, de foi, d’espérance, à l’image du feu d’amour qui anime la 

Trinité. Sommes-nous, au moins par moments, vraiment embrasés de ce feu ? Si ce n’est 

pas le cas, demandons-le.

L’expression « envoi en mission » est bien plus qu’un slogan ou un mot d’ordre : elle dé-

voile l’être profond de Jésus, que le Père a envoyé pour le salut, et pour devenir la tête d’un 

corps immense de croyants grâce à l’action de missionnaires qui prolongeront son ministère. 

C’est en effet à nous, croyants, que Jésus a confié ce feu qui lui brûlait l’âme pour que nous 



en embrasions le monde entier. Le Catéchisme nous donne une présentation synthétique de 

ce mystère :

« Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il ‘appela à lui ceux qu’il 

voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher’ (Mc 3, 13-14). 

Dès lors, ils seront ses ‘envoyés’ (ce que signifie le mot grec apostoloi). En eux continue sa 

propre mission : ‘Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie’ (Jn 20, 21 ; cf. 13, 

20 ; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission : ‘Qui vous ac-

cueille, m’accueille’, dit-il aux Douze (Mt 10, 40 ; cf. Lc 10, 16). Jésus les unit à sa mission 

reçue du Père : comme le Fils ne peut rien faire de Lui-même (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout 

du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 

5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du 

Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme ministres d’une alliance nouvelle (2 

Co 3, 6), ministres de Dieu (2 Co 6, 4), en ambassade pour le Christ (2 Co 5, 20), serviteurs 

du Christ et dispensateurs 

Lorsque nous lisons l’histoire de l’Église, nous constatons que ce sont souvent les Saints 

qui, malgré leur nombre limité et la faiblesse de leurs moyens, contribuent le plus à l’évangé-

lisation. L’œuvre de François d’Assise, François de Sales, Vincent de Paul ou Don Bosco est 

considérable. Pour autant, nous ne devons pas en tirer la conclusion erronée que les mis-

sionnaires sont nécessairement des hommes rares et exceptionnels. Non, les saints d’au-

jourd’hui, c’est nous, si nous y consentons. Nous ne pouvons pas être chrétiens en nous 

contentant d’être émerveillé, de loin, par ce que font les meilleurs parmi nous. Le Christ nous 

envoie tous annoncer le Royaume et cela doit nous enthousiasmer.  Un grand formateur 

d’apôtres, saint Vincent de Paul, disait ceci :

« L’Église est comparée à une grande moisson qui requiert des ouvriers, mais des ou-

vriers qui travaillent. Il n’y a rien de plus conforme à l’Évangile que d’amasser, d’un côté, des 

lumières et des forces pour son âme dans l’oraison, dans la lecture et dans la solitude, et 

d’aller ensuite faire part aux hommes de cette nourriture spirituelle. C’est faire comme notre 

Seigneur a fait, et, après lui, ses apôtres ; c’est joindre l’office de Marthe à celui de Marie ; 

c’est imiter la colombe, qui digère à moitié la pâture qu’elle a prise et puis met le reste par 

son bec dans celui de ses petits pour les nourrir. Voilà comme nous devons faire, voilà 

comme nous devons témoigner à Dieu par nos œuvres comme nous l’aimons. Toute notre 

tâche consiste à passer aux actes. »

2

Alors, comment accomplir cette mission ? Les textes d’Isaïe et de Luc nous offrent au-

jourd’hui des indications précises sur ce que doit être l’Église et la mission, selon le cœur de 

Dieu.


L’Église, lieu de la présence de Dieu

La première lecture (Isaïe 66) parle d’abord de la restauration de Jérusalem et de sa glo-

rification à la fin des temps, mais elle nous dit aussi ce que doit être l’Église, la communauté 

chrétienne, aujourd’hui : le lieu par excellence de la présence de Dieu. Nous aimons l’Église 

de tout notre cœur, cette Église concrète que nous connaissons, en suivant l’explication du 

père de Lubac :



« Il n’y a pas de christianisme privé, et pour accepter l’Église, il faut la prendre telle 

qu’elle est, dans sa réalité humaine et quotidienne aussi bien que dans son idée éternelle et 

divine, car en droit comme en fait la dissociation est impossible. Pour aimer l’Église, il faut, 

toute répugnance vaincue, l’aimer dans sa tradition massive et s’enfoncer, si l’on peut dire, 

dans sa vie massive, comme le grain s’enfonce dans la terre. Il faut pareillement renoncer au 

Saint Vincent de Paul, Entretiens spirituels aux Missionnaires, fragment 171 (Seuil 1960 p. 908)

2


poison subtil des mystiques et des philosophies religieuses qui voudraient tenir lieu de sa foi, 

ou qui s’offriraient à la transposer. Telle est la manière catholique de se perdre pour se trou-

ver. Sans cette médiation ultime, le mystère du salut de peut nous atteindre et nous transfi-

gurer. Il faut pousser jusqu’au bout la logique de l’Incarnation, par quoi la divinité s’adapte à 

la faiblesse humaine. Pour posséder le trésor, il faut tenir le ‘vase d’argile’ qui le porte (cf. 

2Cor 4,7), et hors duquel il s’évapore. »

3

Je vous propose de reprendre maintenant les principaux éléments de la description si 

belle d’Isaïe.

« Réjouissez-vous dans Jérusalem ! » La communauté chrétienne est avant tout le lieu 

de la Bonne Nouvelle qui engendre la joie. Pour cela, il faut qu’il y ait simplicité, communion 

fraternelle et vrai partage de la seule vérité qui compte : Dieu nous aime et nous a sauvés en 

son Fils Jésus-Christ ressuscité des morts. En Occident, beaucoup de paroisses et de com-

munautés religieuses sont, hélas, devenus des lieux tristes où sont juxtaposées des exis-

tences qui ne se croisent plus, des personnes qui ne se connaissent pas réellement et ne 

partagent pas vraiment cette bonne nouvelle. Les conventions et différences sociales, les 

masques, les rites, y règnent parfois comme dans n’importe quelle autre institution humaine. 

Toutes sortes d’activités sympathiques se créent qui ne sont plus directement basés sur 

cette vérité que le Christ est la vigne et nous les sarments. La joie d’être au Christ ne s’y 

manifeste plus toujours. Quelle place pour la louange et l’action de grâce, pour se réjouir en-

semble d’être aimés et sauvés ? Pour le partage en vérité de ce que Dieu fait dans la vie de 

chacun en vue d’édifier l’ensemble du Corps ? 

« Vous serez nourris de son lait (…) vous serez nourris, portés sur la hanche ». L’Église, 

la communauté est là pour nourrir ceux qui l’habitent pour les faire grandir dans la foi et aus-

si pour les soutenir surtout s’ils sont faibles. Heureusement, les initiatives se multiplient en 

paroisses pour former et enseigner les enfants, les jeunes, les couples, les nouveaux 

croyants, ou les fidèles de tous âges souhaitant approfondir leur foi. Mais qu’en est-il des 

périphéries, chères au Pape François, des zones rurales où la pratique et la connaissance 

de la parole s’est diluée et affaiblie, des banlieues, des prisons, de nos quartiers ordinaires 

où le Christ n’est plus annoncé ?

« Vous serez choyés sur ses genoux…vous serez consolés… vos os revivront comme 

l’herbe reverdit. »  La communauté est également le lieu de la révélation de l’amour, de la 

tendresse de Dieu, de sa puissance de résurrection. Comment vivons-nous la charité simple 

avec ceux que nous côtoyons à la Messe, à l’office ? Cherchons-nous à les connaître, à par-

tager leurs joies et leurs peines ? Au-delà de la disponibilité de nos prêtres, et de certains 

laïcs engagés, sommes-nous disponibles pour visiter les malades, les personnes seules, en 

difficulté, et prier avec elles, en missionnaires de l’amour de Dieu ? Le sacrement des ma-

lades est-il proposé individuellement à la demande et pas seulement pour les mourants et 

malades incurables ?

Nous savons aussi que dans les décennies passées, l’Église, loin d’être cet asile de paix 

et de charité, est devenue parfois tout l’inverse : un lieu de cauchemar et de destruction pour 

les plus faibles parmi nous dont beaucoup n’ont jamais pu se relever et guérir, sous le regard 

complice d’une hiérarchie incrédule ou indifférente. C’est un scandale immense qui crie vers 

Dieu. Nous n’en sommes pas tous responsables mais dans ces lieux-là, l’institution a cessé 

d’être l’Église et a failli à sa mission. Que faisons-nous pour réparer ce péché, non pas 

seulement dans des commissions spécialisées, ce qui est très bien, mais dans ces lieux-

mêmes ou les ténèbres ont régné, en demandant pardon, en accueillant et en priant pour 



ces personnes et en exigeant la lumière sur tout ce qui s’est passé ? Ces personnes sont le 

Christ, outragé et torturé, et méritent la première place dans nos assemblées.

« Vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire… voici que je dirige vers elle la 

paix comme un fleuve… le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. » Les 

communautés de vie chrétienne, et en particulier les paroisses sont les lieux où Dieu peut se 

manifester, non pas seulement par la fraternité qui est essentielle, mais par l’expérience de 

sa propre présence. Elles doivent être des lieux de rencontre avec lui.  Depuis plusieurs dé-

cennies, dans les grandes villes, la beauté des cérémonies est redevenue un grand souci ; 

l’adoration eucharistique est proposée et le sacrement du pardon est facilement accessible. 

En profitons-nous ?

D’autres zones sont moins riches : les ADAP ou ADAL  remplacent fréquemment la 

4

Messe, essayant de maintenir le goût de la présence de Dieu. Recevoir le sacrement de ré-



conciliation est devenu compliqué. L’adoration n’est pas proposée. La prière de louange en 

commun n’existe pas et la foi flanche nécessairement, n’attirant plus les jeunes. 

Regardons la communauté, la paroisse, l’institution, le diocèse, auxquels nous apparte-

nons et demandons-nous sincèrement si elle correspond vraiment à la description d’Isaïe 66 

lue aujourd’hui : joie, enseignement de la parole, consolation, paix, expérience de Dieu. Si ce 

n’est pas le cas, le Seigneur nous appelle certainement à faire bouger les lignes et il nous en 

donnera les moyens, chacun à notre niveau, prêtre, consacré ou simple laïc. Soyons auda-

cieux avec le Saint-Esprit.

Nous sommes tous appelés à faire partie des 72, et à assumer notre part dans la mis-

sion. Peut-être cela nous fait-il peur de devenir « des agneaux au milieu des loups » ? Le 

saint du Sacré Cœur, Claude la Colombière, a lui aussi ressenti l’angoisse devant les 

charges missionnaires qui lui étaient confiées, notamment en Angleterre, tant elles étaient 

délicates. Il a écrit cette belle prière que nous pouvons adopter :

« Je suis résolu de ne donner point de bornes à ma confiance et de l'étendre à toutes 

choses. Il me semble qu'à l'avenir je me dois servir de notre Seigneur comme d'un bouclier 

qui m'environne et que j'opposerai à tous les traits de mes ennemis. Vous serez donc ma 

force, ô mon Dieu ! Vous serez mon guide, mon directeur, mon conseil, ma patience, ma 

science, ma paix, ma justice et ma prudence. J'aurai recours à Vous dans mes tentations, 

dans mes sécheresses, dans mes dégoûts, dans mes ennuis, dans mes craintes, ou plutôt, 

je ne veux plus craindre ni les illusions, ni les artifices du démon, ni ma propre faiblesse, ni 

mes indiscrétions, ni même ma défiance ; car Vous devez être ma force dans toutes mes 

croix ; Vous me promettez que Vous le serez à proportion de ma confiance, et, ce qui est 

admirable, ô mon Dieu ! C’est qu'en même temps que Vous mettez cette condition, il me 

semble que Vous me donnez cette confiance. Soyez éternellement aimé et loué de toutes 

les créatures, ô mon très aimable Seigneur ! Amen. »

5

La mission selon le cœur du Christ.

Nous connaissons bien ce texte de l’envoi en mission des soixante-douze. La plupart du 

temps il nous émerveille. Dieu fait des choses très étonnantes et établit son règne. Nous 

voyons, en effet, les disciples revenir tous joyeux après avoir accompli des signes, des gué-

risons, des conversions et même des exorcismes. Une époque bénie des débuts de l’Église 

dont nous lisons le prolongement dans les Actes des Apôtres. Une certaine nostalgie peut 

 Assemblées dominicales en l’absence de prêtre ; assemblée dominicale animée par des laïcs

4


alors s’emparer de nous. En ces temps-là Dieu agissait puissamment et des conversions et 

signes étonnants se produisaient…

Mais Dieu a-t-il changé ? Nous demande-t-il autre chose aujourd’hui de ce qu’il deman-

dait hier à ses premiers disciples ? La réponse est bien sûr : non. Aujourd’hui comme hier, 

Jésus nous propose la même mission enthousiasmante : nous dépouiller pour annoncer la 

parole de Dieu en vivant sincèrement la rencontre, non comme des démarcheurs mais 

comme des frères, en appelant la paix sur les personnes, en guérissant les malades, en 

chassant les démons, et accomplissant des miracles.  En Matthieu, Jésus est encore plus 

explicite :

« Proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressus-



citez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Donner gratuitement. » (Mt 10, 

7-8)


Dans la première Lettre aux Corinthiens, au chapitre 12, Paul évoque les charismes des 

premières églises : langage de la sagesse de Dieu, don de science, don de foi, prophétie, 

don de guérison, de faire des miracles, de discerner les esprits, parler en langues…

Que sont devenus ces dons ? Qu’en avons-nous fait ? Nous considérons souvent qu’ils 

sont l’apanage ou bien d’une époque révolue, ou bien de quelques grands saints. Jésus n’a 

pas du tout dit cela. Il a dit aux disciples d’hier et d’aujourd’hui, dans l’évangile que nous li-

sons aujourd’hui : « je vous ai donné le pouvoir d’écraser les serpents et les scorpions, et sur 

toute la puissance de l’ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire ». 

Après sa résurrection, Jésus réitère l’appel à la mission :  



« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira 

sera baptisé et sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui ac-

compagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils 

parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et s’ils boivent 

un poison mortel, il e leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades et les ma-

lades s’en trouveront bien » (Mc 16, 15-18).

Cette mission et ses dons sont notre héritage de baptisés mais y croyons-nous encore ? 

Dans le vaste « Renouveau charismatique », des chrétiens – protestants d’abord puis catho-

liques – se sont mis à y croire à nouveau, ils touchent les cœurs, consolent et convertissent, 

ils accomplissent même des guérisons et renversent des situations humaines insolubles. 

Pierre Goursat, fondateur de l’Emmanuel, parlait ainsi de sa première rencontre avec ce 

phénomène :

« De cette effusion de l’Esprit ne pourrait-on dire que c’est une grâce spéciale donnée à 

un moment dramatique de la vie de l’Église, où le démon est tellement déchaîné et ses 

forces si bien organisées que l’on ne voit plus humainement comment les efforts des chré-

tiens pourraient aboutir. La plupart des chrétiens et des membres de l’Église paraissent 

désemparés et les plus fidèles sont frappés de stupeur. »

6

Depuis le début du XXe siècle, le mouvement du Renouveau a permis de redécouvrir cet 



élan missionnaire et la puissance des charismes. Il a éclos chez les Pentecôtistes puis a ga-

gné l’Église catholique et a renouvelé de nombreuses paroisses et communautés. Il im-

prègne maintenant la vie de l’Église. Mais ce n’est pas encore assez. Nous devons tous de-

venir missionnaires. Pour cela, une seule chose est requise : la foi. En Luc 18, en parlant de 

 Pierre Goursat, Paroles, éditions de l’Emmanuel (2016), p. 31.

6


la veuve importune et du juge, Jésus le dit très explicitement : « et Dieu ne ferait pas justice 

à ses élus qui crient vers lui, jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite il 

leur fera justice. Cependant le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la 

terre ? » (Lc 18, 8). Nous devons puiser à nouveau dans cet héritage et entendre la voix du 

Christ nous dire de quelle puissance il nous a revêtus. 

« Ils revinrent tout joyeux » : au-delà de la simple émotion des exorcismes et guérisons 

miraculeuses, la joie des soixante-douze lors de leur retour participe d’un mystère beaucoup 

plus grand, comme le montrent les paroles de Jésus : « Je regardais Satan tomber du ciel 

comme l’éclair ». Cette expression saisissante indique que Jésus voit son Règne s’établir 

aux dépens de l’Adversaire, qu’il jubile de ce retournement de situation, car l’humanité est 

enfin libérée du joug inique qui la faisait tant souffrir. Il peut montrer aux incrédules non 

seulement ses œuvres de libération, mais désormais aussi celles de ses disciples : « si c'est 



par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé 

jusqu'à vous » (Lc 11,20).

Mais le Christ indique aussi quel est le fondement ultime de la joie chrétienne : « Ré-



jouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » (v.20), une image 

reprise dans l’Apocalypse de Jean : « Le vainqueur sera donc revêtu de blanc ; et son nom, 



je ne l'effacerai pas du livre de vie, mais j'en répondrai devant mon Père et devant ses Anges 

» (Ap 3,5). Cela signifie que la joie des apôtres participe, en dernière instance, de la joie 

même de Dieu : c’est la joie du salut. Jésus se réjouit de voir les hommes participer de sa 

plénitude et leur communique sa joie elle-même. Monsieur Olier, un mystique du XVIIème 

siècle décrivait ainsi ce mystère :

« Les justes se doivent réjouir en Dieu de la gloire qu’il reçoit en lui-même et par lui-

même ; et ceux qui vivent dans la droiture et justice doivent prendre part à sa gloire, sa joie 

et sa béatitude. Dieu en lui-même se loue et se glorifie en son Verbe et par son Verbe ; et 

quoiqu’il le fasse nécessairement, il le fait si librement et amoureusement, et le fait avec au-

tant de joie, de douceur et de béatitude que s’il le faisait par son choix. Ses œuvres sont si 

justes, et si bien réglées, que pour se donner la paix et la félicité il n’est pas besoin de propre 

choix et liberté, qui en nous nous donne sa joie. Dieu produit nécessairement son Verbe et 

sa louange, et le fait avec pleine béatitude. Cette louange en lui ne peut être appelée justice, 

sinon en tant que toute l’opération de Dieu est toute vertu et toute perfection. »

7

Nous pouvons, en conclusion de cette méditation, reprendre la prière de Jean XXIII, à la 

veille du Concile Vatican II. Elle est toujours d’actualité :

« Ô Esprit de Dieu qui, envoyé par le Père au nom de Jésus, assiste et guide l’Église, 

répands sur le Concile œcuménique la plénitude de tes dons.

Ô doux maître et consolateur, illumine l’esprit de nos évêques qui, à l’appel du Saint Père 

vont se réunir en assemblée solennelle.

Fais que ce concile produise des fruits abondants ; que se répandent toujours plus la lu-

mière et la force de l’évangile dans la société humaine ; que la religion catholique acquière 

une nouvelle vigueur dans son engagement missionnaire ; qu’elle parvienne à une plus pro-

fonde connaissance de la doctrine de l’Église et à un affermissement salutaire de la vie chré-

tienne.

 Jean-Jacques Olier, L’âme cristal – Des attributs divins en nous, Seuil 2008, p.282.

7


Ô doux hôte de nos âmes, confirme nos esprits dans la vérité, et dispose nos cœurs à 

l’obéissance, pour que les délibérations du Concile trouvent en nous un assentiment géné-

reux et une prompte réalisation.

Nous te prions aussi pour les brebis que ne font plus partie de l’unique bergerie de Jé-

sus-Christ, afin qu’elles puissent elles qui s’honorent du nom de chrétiens, finalement retrou-

ver l’unité sous un seul pasteur.

Renouvelle à notre époque tes prodiges comme en une nouvelle Pentecôte ; et concède 

que la Sainte Église, réunie dans une prière unanime plus intense autour de Marie, mère de 

Jésus, et guidée par Pierre, répande le règne du divin Sauveur, qui est règne de vérité, de 

justice, d’amour et de paix. »

8

 Pape Jean XXIII, Prière du 23 septembre 1958. https://giovannidarho.wordpress.com/2013/02/24/preghiera-di-giovanni-



8

xxiii-per-il-concilio-ecumenico/ Notre traduction.



Document Outline

  • Cette Lectio Divina est la dernière avant l’été.  Les publications reprendront au cours du mois de septembre.
  • Retrouver le feu des premières missions
    • À l’écoute de la Parole
    • Méditation
  • Pour aller plus loin
  • À l’écoute de la Parole
    • La première lecture : splendeur de la Jérusalem eschatologique (Is 66)
    • L’évangile : envoi en mission des soixante-douze (Lc 10)
  • Méditation : retrouver le feu des premières missions
    • L’Église, lieu de la présence de Dieu
    • La mission selon le cœur du Christ.


Compartilhe com seus amigos:


©bemvin.org 2019
enviar mensagem

    Página principal